La présence de deux commissaires aux comptes (co-CAC) peut surprendre dirigeants et associés. Elle est parfois perçue comme une lourdeur inutile, voire comme un doublement mécanique des honoraires d’audit. En réalité, la désignation conjointe de deux CAC répond à des situations bien précises, prévues par la loi, et son impact financier est souvent plus nuancé qu’il n’y paraît.
Les cas où la loi impose deux commissaires aux comptes
La désignation de deux commissaires aux comptes n’est jamais un choix arbitraire. Elle est strictement encadrée et vise des situations où les enjeux de gouvernance, de transparence ou d’indépendance sont renforcés.
1. Les sociétés faisant appel public à l’épargne
Les sociétés cotées sont tenues de désigner au moins deux commissaires aux comptes.
L’objectif est clair :
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renforcer l’indépendance du contrôle,
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limiter les risques de dépendance économique,
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croiser les regards sur des enjeux financiers complexes.
Ce principe est historiquement lié à la protection des investisseurs et à la crédibilité des marchés financiers.
2. Certaines entités d’intérêt public (EIP)
Outre les sociétés cotées, certaines entités d’intérêt public peuvent être soumises à la désignation de co-CAC en raison :
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de leur rôle systémique,
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de la nature des fonds gérés,
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ou de leur impact économique et social.
La logique est la même : sécuriser l’information financière là où les conséquences d’une défaillance seraient majeures.
3. Les groupes ou structures complexes (cas spécifiques)
Dans certains montages juridiques ou contextes particuliers, la désignation de deux commissaires aux comptes peut être imposée :
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par des textes spécifiques,
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par des statuts,
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ou par des accords entre actionnaires, notamment lorsque plusieurs blocs souhaitent un contrôle indépendant partagé.
Dans ces cas, il ne s’agit pas toujours d’une obligation légale « automatique », mais d’une exigence de gouvernance intégrée au fonctionnement de l’entité.
Pourquoi deux commissaires aux comptes ?
L’objectif du co-commissariat n’est pas de multiplier les contrôles, mais de :
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croiser les analyses et les jugements professionnels,
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renforcer l’indépendance vis-à-vis de la direction,
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réduire le risque d’erreur ou d’angle mort,
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et accroître la crédibilité de l’opinion d’audit.
Les deux commissaires aux comptes travaillent de manière coordonnée, selon des normes précises, et partagent la responsabilité de l’opinion exprimée.
Deux CAC = deux fois plus de travail ?
C’est l’idée reçue la plus fréquente… et la plus inexacte.
En pratique :
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les travaux sont répartis entre les deux CAC,
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les zones de risque sont définies conjointement,
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certaines diligences sont réalisées par l’un et revues par l’autre,
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et la planification est commune.
Il n’y a pas duplication mécanique des travaux. Le co-commissariat repose sur une organisation rationnelle et concertée.
Le coût est-il doublé ?
👉 Non, pas nécessairement.
Le coût global de l’audit n’est pas automatiquement multiplié par deux.
Plusieurs facteurs expliquent cela :
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la répartition des diligences évite les redondances,
-
la coordination permet des gains d’efficacité,
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et les honoraires sont appréciés globalement, au regard du temps réellement nécessaire.
Certes, le coût total est généralement supérieur à celui d’un audit mené par un seul CAC, mais il est rarement doublé à périmètre équivalent. L’écart dépend :
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de la complexité de l’entité,
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de la qualité de l’organisation interne,
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et du niveau de préparation des comptes.
Un coût à mettre en perspective avec les enjeux
Dans les structures concernées, les enjeux sont rarement anodins :
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accès aux marchés financiers,
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confiance des investisseurs,
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gestion de fonds importants,
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ou impact systémique.
Dans ce contexte, le surcoût éventuel du co-commissariat doit être analysé comme :
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un investissement en crédibilité,
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un renforcement de la gouvernance,
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et une sécurisation accrue de l’information financière.
Peut-on contourner l’obligation de deux CAC ?
Non. Lorsque la loi impose la désignation de deux commissaires aux comptes, il n’existe aucune alternative légale.
Tenter de réduire le dispositif à un seul CAC expose la société et ses dirigeants à :
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une irrégularité juridique,
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la nullité de certaines décisions,
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et des sanctions potentielles.
Et pour les dirigeants, qu’est-ce que cela change ?
Pour la direction, le co-commissariat implique surtout :
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une organisation plus structurée des échanges,
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une documentation plus rigoureuse,
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et parfois une exigence accrue de formalisation.
En contrepartie, il offre :
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une meilleure sécurité juridique,
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une crédibilité renforcée vis-à-vis des tiers,
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et une réduction du risque de contestation ultérieure.
Deux commissaires aux comptes sont obligatoires dans des situations bien définies, principalement liées à la nature de l’entité et aux enjeux de transparence.
Cette obligation ne conduit pas mécaniquement à un doublement des coûts. Le co-commissariat repose sur une répartition intelligente des travaux, visant avant tout la qualité et l’indépendance du contrôle.
La vraie question n’est donc pas « cela coûte-t-il plus cher ? », mais plutôt :
👉 « au regard des enjeux, puis-je me permettre de ne pas renforcer la crédibilité du contrôle ? »
Dans les structures concernées, la réponse est le plus souvent… non.
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