Dirigeant : que risquez-vous en cas d’absence de commissaire aux comptes alors qu’il est obligatoire ?

Publié le 30 septembre 2025 à 12:53

La désignation d’un commissaire aux comptes (CAC) n’est pas une option laissée à l’appréciation du dirigeant. En France, elle constitue une obligation légale dès lors que certains seuils sont franchis ou que la société se trouve dans une situation particulière (contrôle de filiales, statut juridique spécifique, demande de tiers, etc.). Pourtant, par méconnaissance ou par souci de réduction des coûts, certains dirigeants prennent le risque de ne pas nommer de CAC alors que la loi l’impose. Les conséquences peuvent être lourdes, tant sur le plan juridique que financier et personnel.

Quand la désignation d’un CAC est-elle obligatoire ?

L’obligation de nommer un commissaire aux comptes dépend principalement :

  • de la taille de la société (seuils légaux),

  • de sa structure juridique,

  • de l’existence d’un groupe ou de liens de contrôle,

  • ou encore de demandes spécifiques (banques, investisseurs, statuts).

À titre d’exemple, une société commerciale est tenue de désigner un CAC lorsqu’elle dépasse, à la clôture de l’exercice, deux des trois seuils suivants :

  • 5 millions d’euros de total de bilan,

  • 10 millions d’euros de chiffre d’affaires,

  • 50 salariés.

D’autres cas rendent la désignation obligatoire indépendamment des seuils, notamment :

  • les sociétés qui contrôlent ou sont contrôlées,

  • certaines formes sociales,

  • ou encore lorsqu’un associé minoritaire exerce un droit d’alerte spécifique.

Une infraction caractérisée au droit des sociétés

L’absence de commissaire aux comptes alors qu’il est obligatoire constitue une irrégularité grave. Il ne s’agit pas d’un simple oubli administratif, mais d’un manquement aux dispositions impératives du Code de commerce.

Sur le plan pénal, le dirigeant s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 30 000 euros et, dans certains cas, à une peine d’emprisonnement. Ces sanctions peuvent être prononcées indépendamment de toute fraude ou intention délibérée. Le seul constat de l’absence de CAC suffit à caractériser l’infraction.

Un risque personnel pour le dirigeant

Contrairement à une idée reçue, la responsabilité ne pèse pas uniquement sur la société. Le dirigeant peut voir sa responsabilité personnelle engagée, notamment pour faute de gestion. Le fait de ne pas respecter une obligation légale clairement identifiée est souvent considéré comme une faute détachable de ses fonctions.

En cas de difficultés financières ultérieures, ce manquement peut être retenu à charge dans le cadre :

  • d’une action en responsabilité,

  • d’une procédure collective,

  • ou d’une action intentée par des associés ou des créanciers.

Des décisions sociales fragilisées

L’absence de commissaire aux comptes peut également entraîner la remise en cause de certaines décisions sociales. Les comptes annuels, bien que régulièrement approuvés par l’assemblée, peuvent être contestés au motif qu’ils n’ont pas été soumis au contrôle légal requis.

Cela peut fragiliser :

  • les distributions de dividendes,

  • certaines opérations sur le capital,

  • ou des restructurations (fusion, apport, cession).

Dans les situations les plus sensibles, les actes peuvent être déclarés inopposables à des tiers.

Des conséquences financières indirectes importantes

Au-delà des sanctions juridiques, l’absence de CAC a souvent des répercussions économiques majeures. Les partenaires financiers accordent une importance particulière à la fiabilité de l’information comptable.

Une banque, un investisseur ou un assureur-crédit peut :

  • refuser un financement,

  • dénoncer un concours existant,

  • ou exiger des garanties supplémentaires.

Dans certains cas, la découverte tardive de l’absence de CAC peut entraîner une perte de confiance durable, difficilement réversible.

Un risque accru en cas de contrôle ou de litige

L’absence de commissaire aux comptes est fréquemment révélée à l’occasion :

  • d’un contrôle fiscal ou social,

  • d’une due diligence,

  • ou d’un contentieux entre associés.

Dans ces contextes, le manquement est rarement isolé et peut servir de point d’appui à d’autres contestations : sincérité des comptes, gouvernance défaillante, information insuffisante des associés.

Peut-on régulariser la situation ?

La désignation tardive d’un commissaire aux comptes permet parfois de limiter les conséquences, mais elle n’efface pas rétroactivement l’infraction. Le CAC nouvellement nommé devra apprécier les exercices non audités et pourra être amené à formuler des réserves, voire à signaler certaines irrégularités.

Plus la régularisation intervient tard, plus les risques augmentent, notamment si des décisions importantes ont été prises sans contrôle légal.

Le rôle préventif du commissaire aux comptes

Il est essentiel de rappeler que le commissaire aux comptes n’est pas un simple contrôleur a posteriori. Son rôle est avant tout préventif. Il contribue à :

  • sécuriser l’information financière,

  • renforcer la crédibilité de l’entreprise,

  • détecter les risques en amont,

  • et accompagner le dirigeant dans le respect de ses obligations légales.

Voir le CAC uniquement comme un coût est une approche réductrice qui peut, à terme, s’avérer bien plus coûteuse.

L’absence de commissaire aux comptes alors que sa désignation est obligatoire expose le dirigeant à des risques juridiques, financiers et personnels significatifs. Sanctions pénales, responsabilité civile, fragilisation des décisions sociales et perte de confiance des partenaires : les conséquences dépassent largement le cadre formel de l’obligation légale.

Anticiper, vérifier régulièrement le franchissement des seuils et se faire accompagner par des professionnels compétents sont des réflexes indispensables pour sécuriser la gouvernance de l’entreprise. Le respect de l’obligation de commissariat aux comptes est avant tout un gage de sérieux, de transparence et de pérennité pour le dirigeant et pour la société.

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