Quels sont les cas de fin de mandat d’un commissaire aux comptes ?

Publié le 14 octobre 2025 à 13:01

Le mandat du commissaire aux comptes (CAC) s’inscrit dans un cadre légal strict, destiné à garantir son indépendance et la continuité du contrôle légal des comptes. Contrairement à une mission contractuelle classique, le mandat du CAC ne peut pas être interrompu librement. La loi encadre précisément les cas de fin de mandat, afin d’éviter toute remise en cause abusive de son intervention et de préserver la fiabilité de l’information financière. Dirigeants et associés ont donc tout intérêt à bien connaître ces situations, tant pour sécuriser leur gouvernance que pour éviter des irrégularités juridiques.

La fin normale du mandat : l’arrivée à son terme

Le cas le plus courant de fin de mandat est son expiration naturelle. En France, le commissaire aux comptes est nommé pour une durée de six exercices. À l’issue de cette période, son mandat prend fin automatiquement, sans qu’il soit nécessaire de justifier d’un motif particulier.

À l’assemblée générale statuant sur les comptes du dernier exercice couvert par le mandat, les associés peuvent :

  • soit renouveler le commissaire aux comptes pour une nouvelle période de six ans,

  • soit nommer un nouveau CAC.

Il est important de souligner que le renouvellement n’est jamais tacite : une décision formelle de l’organe compétent est indispensable. En l’absence de décision, la société se retrouve en situation irrégulière si la désignation d’un CAC reste obligatoire.

La fin du mandat en cas de cessation de l’obligation légale

Un autre cas fréquent de fin de mandat intervient lorsque la société cesse de remplir les conditions rendant la désignation d’un CAC obligatoire. Cela peut résulter :

  • d’un retour durable sous les seuils légaux,

  • d’une modification de la structure du groupe,

  • ou d’un changement de situation juridique (perte du contrôle d’une filiale, par exemple).

Toutefois, cette situation appelle une vigilance particulière. Le mandat du commissaire aux comptes ne prend pas fin automatiquement du seul fait de la disparition de l’obligation. En principe, le CAC reste en fonction jusqu’au terme normal de son mandat, sauf décision contraire prise dans le respect des règles légales.

Mettre fin prématurément au mandat au motif que les seuils ne sont plus franchis, sans respecter la procédure appropriée, expose la société à un risque juridique significatif.

La révocation du commissaire aux comptes : une exception strictement encadrée

La révocation du commissaire aux comptes avant l’expiration de son mandat est possible, mais elle constitue une exception. La loi protège le CAC contre toute révocation arbitraire, afin de garantir son indépendance.

La révocation ne peut intervenir que pour un motif légitime, apprécié strictement par les tribunaux. Peuvent notamment être considérés comme des motifs légitimes :

  • une incapacité avérée à exercer la mission,

  • des manquements graves aux obligations professionnelles,

  • une perte d’indépendance caractérisée.

En revanche, ne constituent pas des motifs légitimes :

  • un désaccord sur les conclusions de l’audit,

  • l’émission d’une réserve ou d’un refus de certification,

  • une relation devenue tendue avec la direction.

La révocation doit être prononcée par décision de justice, à la demande de la société ou du commissaire aux comptes lui-même. Une révocation irrégulière peut entraîner la nullité de la décision et engager la responsabilité de la société.

La démission du commissaire aux comptes

Le commissaire aux comptes peut également être à l’initiative de la fin de son mandat par une démission. Là encore, la liberté est encadrée. Le CAC ne peut pas démissionner sans motif légitime, afin d’éviter toute rupture brutale du contrôle légal.

Parmi les motifs reconnus figurent notamment :

  • des difficultés graves empêchant l’exercice normal de la mission,

  • le non-paiement persistant des honoraires,

  • une atteinte à son indépendance,

  • ou des entraves répétées à l’exercice de ses diligences.

La démission doit être notifiée à la société et portée à la connaissance des organes compétents. Elle ne dispense pas la société de nommer un nouveau commissaire aux comptes si l’obligation subsiste.

La fin du mandat en cas de décès ou d’incapacité

Le décès du commissaire aux comptes met naturellement fin à son mandat. Il en va de même en cas d’incapacité définitive à exercer la profession, par exemple en cas de radiation de la liste des commissaires aux comptes ou de sanction disciplinaire entraînant une interdiction d’exercer.

Dans ces situations, la société doit procéder à la désignation d’un nouveau CAC dans les meilleurs délais si elle demeure soumise à l’obligation de commissariat aux comptes. L’absence de régularisation expose le dirigeant à des sanctions.

La fin du mandat liée aux transformations de la société

Certaines opérations juridiques peuvent également entraîner la fin du mandat du commissaire aux comptes. C’est notamment le cas :

  • de la dissolution de la société, hors transmission universelle de patrimoine,

  • de certaines opérations de fusion ou de scission, selon les modalités retenues,

  • ou de la disparition de la personnalité juridique de l’entité auditée.

Dans le cadre des restructurations, le sort du mandat du CAC doit être analysé avec soin. Une erreur d’appréciation peut conduire à une absence de contrôle légal sur une période donnée, avec des conséquences juridiques importantes.

Les conséquences d’une fin de mandat mal sécurisée

Une fin de mandat mal anticipée ou irrégulière peut avoir des conséquences lourdes pour la société et ses dirigeants :

  • remise en cause de la validité des comptes,

  • fragilisation des décisions sociales,

  • difficultés avec les partenaires financiers,

  • exposition à des sanctions civiles ou pénales.

Le commissariat aux comptes étant une mission d’intérêt général, toute rupture injustifiée est regardée avec une particulière sévérité par les juridictions.

L’importance de l’anticipation et du dialogue

Dans la pratique, la fin de mandat du commissaire aux comptes doit être anticipée plusieurs mois à l’avance, notamment lorsque le terme des six exercices approche ou lorsque la situation de la société évolue. Un dialogue transparent entre le dirigeant, les associés et le CAC permet de sécuriser la transition, qu’il s’agisse d’un renouvellement, d’un changement de professionnel ou d’une cessation de l’obligation.

S’entourer de conseils compétents est essentiel pour éviter toute décision précipitée ou juridiquement fragile.

La fin de mandat d’un commissaire aux comptes obéit à des règles précises, destinées à protéger l’indépendance du contrôle légal et la fiabilité de l’information financière. Expiration normale, révocation exceptionnelle, démission encadrée, cessation de l’obligation ou événements affectant la société : chaque situation appelle une analyse rigoureuse.

Pour le dirigeant, bien maîtriser ces règles permet de sécuriser la gouvernance, d’éviter les risques juridiques et de préserver la confiance des partenaires. Le commissaire aux comptes n’est pas un prestataire interchangeable ; son mandat s’inscrit dans une logique de continuité et de stabilité, au service de la transparence et de la pérennité de l’entreprise.

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